Texte ecrit par Maud :
Je n'aurais jamais cru possible d'être aussi triste, d'avoir aussi mal, de regretter autant. Pas de la regretter elle, sa personne, son caractère, ce qu'elle a été, ce que nous avons fait ; mais de regretter ce que nous aurions dû faire ensemble, toutes ces années que nous ne partagerons pas, tous ces endroits où j'avais prévu de l'emmener et que nous ne verrons jamais toutes les deux. Je regrette toutes les balades que nous n'aurons pas le temps de faire, ce galop sur la plage que je rêvais de lui offrir, tous les obstacles que nous ne sauterons pas, cette club 1 et ces concours complets qui me faisaient de l'oeil et que nous n'aurons pas tenté, ces reprises de dressage à progresser lentement mais sûrement, ces heures à m'occuper d'elle, à prendre des photos, à simplement la regarder. Nous avions tellement à faire, à voir, à essayer, à rater et à réussir. J'avais beau la connaître mieux que personne, elle avait encore tellement à m'apprendre... Et j'ose espérer que c'était réciproque.
Ca s'est passé si vite. 48 petites heures ont suffit pour que ma raison de me décarcasser chaque jour me soit enlevée. Ca a été si soudain que toutes ses affaires sont intactes ; je sens encore son odeur dans ma chambre, dans ma voiture, sur mes vêtements, sur ses couvertures que je devais laver. Sa petite bouille est partout sur mes murs, dans mon ordinateur, dans mon esprit ; son image y est gravée à tout jamais. Ses yeux si expressifs, sa grande liste blanche qu'on repérait à 3 kilomètres, ses grandes oreilles toujours en mouvement, ses naseaux qui se fronçaient quand elle s'indignait et qui se dilataient quand elle chauffait, sa robe alezan-roux qui brillait si fort au soleil, son encolure et ses épaules qui s'étaient tellement musclés ces dernières années, ses longues jambes de gazelle si rapide, son joli petit ventre, un peu rond mais pas trop, son dos devenu si droit, sa croupe puissante qui nous faisait voler, et sa longue queue alezane et argentée qu'elle portait fièrement, toute demi-sang arabe qu'elle était.
Je m'en veux terriblement. Pas pour la façon dont elle est partie, mais pour tout ce que je lui ai dit ou fait et que je n'aurais pas dû. Toutes ces fois où je lui ai dit qu'elle m'ennuyait, qu'elle se foutait de moi, qu'elle pourrait faire un effort. Toutes les fois où je me suis énervée sur elle alors que c'était de ma faute. Les parcours où je n'y ai pas cru, les éperons plantés dans les flancs quand elle faisait un écart, les coups de stick quand elle ne se déplaçait pas assez sur le côté, ces mains levées que je n'arrivais pas à baisser, je les déteste. Elles lui ont fait mal et ne l'ont pas aidé. Toute cette patience que je n'ai pas eu quand j'avais eu une mauvaise journée, alors que c'était tout sauf sa faute.
Elle était mon bébé, ma bouée, ma beauté, celle qui me permettait de garder la tête hors de l'eau quand je déprimais. Elle me faisait mourir de rire quand elle faisait la belle pour réclamer sa pomme et quand elle sentait mes poches à la recherche de friandises. Elle me rendait heureuse quand elle redressait la tête en face d'une grande ligne droite en pleine forêt, l'air de dire "c'est bon là, on peut foncer ?". Elle me remontait le moral quand elle sentait que ça n'allait pas. Elle m'énervait et m'exaspérait parfois à faire exactement l'opposé de ce que je voulais, mais elle va tellement, tellement me manquer.
Elle toute entière, avec ses lignes magnifiques et son caractère de cochon, tellement semblable au mien. Son hennissement quand elle me voyait arriver du haut de l'allée, toute chargée de ses affaires. Ses peurs ridicules de souches et de racines qui me surprenaient toujours, alors que les voitures, camions, motocross, chiens et perroquets ne la choquaient pas le moins du monde. Sa façon de changer d'attitude selon les personnes qui l'entouraient, qui montrait à quel point elle était sensible. Ses lançades à la sortie des tournants, devant chaque obstacle. Son petit trot énervé quand nous travaillions les transitions, l'air de dire "le pas, c'est pour les flemmards". Son coeur qui battait sous la selle quand elle flairait des sangliers dans la forêt. Ses sauts qui me donnaient l'impression d'aller décrocher la lune. Ses accélérations sur-puissantes pour une si petite ponette, qui me clouaient systématiquement sur place. Ses câlins toujours au moment où je m'y attendais le moins et ses coups de tête pour m'envoyer balader quand je l'ennuyais. Sa façon de tourner dans le box quand je lui mettais les protections, et ses danses bizarres pour les protections de transport. Ses démarrages au quart de tour quand je reculais la jambe extérieure pour partir au galop. Son absence d'hésitation à me suivre partout où je l'emmenais, complètement en confiance. Son évolution permanente pour devenir de plus en plus belle à mes yeux.
Elle était loin d'être parfaite, le vétérinaire m'avait prévenu quand je l'ai acheté : "avec elle, tu feras pas les JO". C'était pas le but. Le but, on l'atteignait un peu plus chaque jour : progresser vers plus de confort, plus de facilités, plus d'entente, plus de technique. C'est tellement injuste qu'on me l'ait enlevé avant que nous ayons eu le temps de finir ce que nous avions commencé...
Elle était loin d'être parfaite, mais elle était parfaite pour moi, et jamais aucun autre cheval ne la remplacera.
Julie du Manoir, la gazelle nous a quitté le 2 novembre.
Suite a une colique qui a débuté le samedi 31, elle a été emmener à la clinique véterinaire.
Apres avoir tout essaiyé pour la sauvé, julie a du etre euthanasié !
Elle a rejoint le paradis des chevaux
Nous sommes de tout coeur avec Maud et Victorine